J'étais un enfant de plein air. J'ai grandi dans une cabane en rondins surplombant 20 hectares de terres agricoles. Mes frères et moi passions des heures à jouer dans le ruisseau de la propriété. Nous emportions une salière pour nous débarrasser des sangsues des jambes. Je courais pieds nus sur le gravier et construisais des forts élaborés en paille à la structure douteuse.
Les étés étaient rythmés par des séjours de camping au milieu des lacs et des arbres du Bouclier canadien. Ces voyages d'enfance ne semblaient pas avoir de poids culturel à l'époque. Cela faisait partie de la vie, une autre chose à faire. Mon esprit n'avait pas été façonné pour compartimenter l'expérience que je vivais. Les enfants poursuivent leur vie imparfaite ailleurs, avec juste plus de lieux à explorer.

Phase du néant par Nobuo Sekine, 1969
Souris des villes, souris des champs
Plusieurs choses ont changé depuis ces voyages de camping d'enfance. Tout d'abord, je vis en ville depuis 13 ans, où les chaussures sont presque toujours obligatoires. Je suis aussi entré dans le monde très adulte de la gestion du temps et de la compartimentation des expériences. Comme tous les adultes, mes journées sont divisées en blocs. Chaque expérience de vie se voit attribuer un temps imparti et est classée avec la bonne catégorie, le bon titre, la bonne description, le bon lieu et les bons participants.
Les séjours en camping sont une occasion rare de retrouver brièvement une compréhension enfantine du monde. À mesure que l'on s'éloigne de sa voiture, la perception du temps s'estompe peu à peu. Après quelques jours de sommeil sous la tente, on se synchronise naturellement avec le soleil. Étant littéralement à l'extérieur en permanence, on est en relation directe avec la météo. Une lecture numérique de la température devient incroyablement abstraite. À quoi servirait un chiffre précis ? Vous connaissez déjà la température !
Il en va de même pour l'heure. Vous pouvez consulter l'heure par curiosité (ou pour voir à quelle distance vous pouvez vous en approcher en observant l'angle du soleil… en réalité, ce n'est pas très précis). Mais à mesure que le voyage avance, l'heure de la journée perd de son importance. On mange quand on a faim, on se repose quand on est fatigué. Les tâches sont accomplies en fonction de la durée du soleil restant.

Forêt d'Okukuji de Nobuo Sekine, 1979
Sois ici maintenant
Bien sûr, à l'âge adulte, le camping lui-même s'inscrit parfaitement dans la catégorie des « vacances », mais cela n'enlève rien au sentiment. Le sentiment de simplement ressentir l'endroit où l'on se trouve. Plus je m'éloigne du parking, plus mon esprit ralentit. Moins mon cerveau d'adulte compartimente et trie les expériences.
Le véritable défi consiste à savoir comment extirper ce sentiment de la forêt. Je suis habitué à vouloir réserver du temps pour cela, ce qui, bien sûr, va à l'encontre du but recherché. Il est important de noter qu'il n'y a rien de plus « réel » dans la nature, comme dans un parc provincial jugé quelque peu arbitrairement digne d'être protégé (le concept général de parc animalier étant une autre abstraction façonnée par le monde adulte). Il n'y a pas de secret de présence caché dans leurs frontières que l'on ne puisse trouver au 5e étage d'un immeuble de bureaux ou autour d'un dîner en famille ou entre amis.
Je suppose que pour être vraiment présent, il est probablement préférable de ne pas trop y penser.

La Terre Mère de Nobuo Sekine, 1968
2 commentaires
I love a camping trip shoutout!
Love your letter . Fun to remember the salt trick with those gross leaches . Looking back how cruel we were -they were innocent, just living their life .