Avant la tempête

Il faut du temps pour admirer la beauté des Prairies canadiennes, mais une fois qu'elle vous frappe, vous en serez bouleversé. L'ennui des Prairies est une plaisanterie pour les Canadiens qui traversent le pays en voiture. Les plaisanteries ne manquent pas une fois arrivés sur les plaines entre le Bouclier canadien et les Rocheuses.  Attention à ne pas t'endormir, car au réveil, tu seras en panne d'essence. Mais c'est une vision naïve de quelqu'un de passage. Il ne s'est pas donné le temps de voir quoi que ce soit. Il laisse son esprit aplatir la réalité.  Ils ne regardent pas vraiment le paysage qui s’étend devant eux, ponctué par une ligne cyclique séparant le ciel et la terre.

J'ai déménagé à Winnipeg en 2016. Environ un mois après mon arrivée, alors que je rencontrais des gens dans un bar, on m'a proposé de me joindre à une équipe d'ultimate frisbee. La plupart des parties se déroulaient dans des complexes sportifs situés à proximité de la ville, au milieu de champs cultivés.  C'est ici que j'ai vu mon premier orage dans les prairies arriver.  Les nuages ​​noirs à l'horizon étaient incroyablement hauts et menaçants. La pluie formait un épais mur dans la fine bande séparant les nuages ​​de l'horizon. Ce volume sombre éclipserait les sommets enneigés de l'Himalaya.  J'ai montré du doigt les nuages ​​qui se dirigeaient vers nous au milieu du jeu à un coéquipier, et il a haussé les épaules.  Ces nuages ​​étaient à au moins une demi-heure de distance. Nous avions encore le temps de terminer le jeu.  Nous ajustons nos lancers de frisbee pour tenir compte du vent qui s'intensifie lentement.

Nous nous trouvons aujourd'hui dans un contexte en pleine mutation, où nos repères s'effritent et où notre capacité d'adaptation est mise à rude épreuve. L'administration américaine actuelle menace d'imposer des droits de douane de 25 % sur les produits canadiens dès la fin du mois.  On ne sait pas exactement pourquoi cela se produit ni quelles en seront les conséquences pour nos deux pays, mais une tempête se profile à l'horizon. À ma connaissance, cette guerre commerciale ne devrait pas avoir d'impact direct sur l'entrée de mes produits aux États-Unis, car mes tapis sont d'origine indienne. Malheureusement, si ces agressions commerciales se poursuivent, elles ralentiraient considérablement l'économie canadienne, ce qui aurait évidemment un impact considérable sur mes activités, le Canada restant mon principal marché. L'administration américaine a également évoqué l'imposition de droits de douane sur l'Inde à l'avenir, mais il faudra attendre pour voir.

J’ai eu la chance de vivre dans trois provinces de ce pays.  J'ai grandi dans une ferme du sud de l'Ontario, j'ai étudié et travaillé à Toronto quand j'étais jeune, j'ai passé quelques années au Manitoba pour faire progresser ma carrière et je dirige maintenant ma petite entreprise depuis un studio sur l'île de Montréal au Québec.  Cela m'a permis d'apprécier profondément la diversité culturelle et environnementale de ce pays. Je reconstitue peu à peu une mosaïque impossible à achever. 

Trump a jusqu'à présent raisonné sur plusieurs points. Premièrement, l'accès au marché américain est un privilège. En tant que Canadien qui se concentre sur la croissance de son entreprise aux États-Unis, je le comprends parfaitement. Sachant combien il est difficile pour mes partenaires indiens de transiter par les aéroports américains, je suis conscient que ma liberté de mouvement pour visiter mes détaillants et participer à des salons américains ne doit pas être tenue pour acquise.

Trump a également raison d'affirmer que la guerre commerciale nuira davantage au Canada qu'aux États-Unis. Permettez-moi de souligner tout d'abord que personne ne gagne une guerre commerciale. Cela aura des répercussions négatives sur les deux économies. L'ampleur des dommages est difficile à évaluer, mais il est clair qu'ils seront plus douloureux pour l'économie canadienne. Le Canada est beaucoup plus petit que les États-Unis à presque tous les égards, sauf en termes de géographie et de production de sirop d'érable. Notre histoire économique moderne est celle de chaînes d'approvisionnement interconnectées, fondées sur le libre-échange et l'ouverture des frontières. Dans de nombreuses provinces, nous échangeons davantage avec les États américains limitrophes qu'avec nos provinces canadiennes. Le ralentissement économique se fera sentir beaucoup plus profondément ici, dans le Nord, et malheureusement, la seule réponse logique pour le Canada est d'imposer des tarifs douaniers en représailles sur les produits américains fortement dépendants du marché canadien. C'est une guerre dont le Canada ne comprend pas les raisons et qu'il refuse.

Le fait est que j'adore l'Amérique. J'ai beaucoup d'amis qui vivent aux États-Unis et qui me sont très chers. Chaque fois que je voyage aux États-Unis, je me laisse facilement emporter par la culture américaine, riche, ouverte et amicale. J'ai toujours trouvé ironique que les Américains considèrent les Canadiens comme amicaux. Nous sommes socialement fermés comparés à eux. Si votre voisin n'arrête pas de vous vanter votre gentillesse, c'est qu'il est le seul à être gentil.

Nos nations sont frères, et le sentiment anti-américain qui bouillonne actuellement au Canada m'attriste. Pour être honnête, je ne suis pas un grand partisan du nouveau patriotisme économique au Canada. Acheter canadien est une excellente idée, mais qui peut s'offrir un rouleau d'aluminium de deux tonnes ? Où au Canada puis-je m'associer à des tisserands de tapis traditionnels pour ma production de tapis ?

J'ai eu la chance de faire des affaires avec des gens de nombreux pays et je suis convaincu que l'intensification des échanges transfrontaliers est bénéfique pour tous. Le commerce n'est pas un jeu à somme nulle.  Mon entreprise n'existerait pas sans mon réseau de producteurs en Inde sur lequel je compte. Quoi qu'il en soit, la guerre commerciale rampante avec les États-Unis, aussi absurde et malavisée soit-elle, met en lumière la dépendance excessive du Canada envers les États-Unis et notre besoin de diversification. En tant que nation, nous devons nous concentrer sur l'accroissement du commerce interprovincial et planifier l'acheminement de nos produits vers les marchés étrangers afin de combler les lacunes qui se creusent dans notre économie.

Être Canadien signifie voir la beauté d’une diversité de paysages et de cultures.  Notre avenir ne repose pas sur l'autonomie, mais sur l'ouverture au monde. Je comprends que le patriotisme soit nécessaire face à une crise économique où la superpuissance mondiale propose de dissoudre notre nation et de détruire notre mode de vie, mais le patriotisme est une maîtresse dangereuse. 

Une tempête se prépare à l'horizon sud, et le Canada se trouve à découvert, sans aucun abri en vue. Mais grâce à notre ouverture sur le monde, nous pouvons nous adapter aux changements de vent.

Retour au blog

4 commentaires

Hi – I enjoyed your blog but agree with Jay’s sentiment. I value the US, and have always enjoyed doing business there and visiting. I agree too that it’s time for Canada to strengthen our ties globally, looking beyond trade ties with the US. While blind patriotism and ignoring symbiotic relationships with other nations is dangerous, I don’t feel saddened by the “Canada proud” sentiment that is being expressed. A far more dangerous view is when an ally repeatedly suggests annexation, and forcing their hand via a trade war. And there are lots of ways to support Canadian businesses other than buying sheets of aluminum.

Jennifer McLean

Hi – I enjoyed your blog but agree with Jay’s sentiment. I value the US, and have always enjoyed doing business there and visiting. I agree too that it’s time for Canada to strengthen our ties globally, looking beyond trade ties with the US. While blind patriotism and ignoring symbiotic relationships with other nations is dangerous, I don’t feel saddened by the “Canada proud” sentiment that is being expressed. A far more dangerous view is when an ally repeatedly suggests annexation, and forcing their hand via a trade war. And there are lots of ways to support Canadian businesses other than buying sheets of aluminum.

Jennifer McLean

This is an important perspective, and it’s valuable to have discussions about Canada’s economic relationship with the U.S. While opinions on this issue may differ, what some see as anti-American sentiment might instead be viewed as a reaction to what feels like a betrayal.

Actions speak louder than words. One can be friendly, but kindness isn’t just about a warm smile; it’s about respect and fair treatment. And when Canada is met with economic aggression from a supposed ally, it’s understandable that we might momentarily turn a cold shoulder. That doesn’t mean we’ve abandoned cooperation or goodwill, but it does mean we won’t be taken advantage of.

Perhaps this is an opportunity—not just to react, but to reconsider where we align ourselves globally. Maybe it’s time to strengthen ties with partners who share our values more closely, especially in areas like social support systems and worker protections. Economic diversification isn’t just a necessity in this moment—it could be a long-term benefit that makes Canada more resilient and aligned with nations that truly respect mutual growth.

Jay

A well written thought provoking perspective during destabilising and dangerous times. Let’s hope it blows over and the extent of any trade war is just an adjustment.

Graham Paterson

Laisser un commentaire